Il est jeune, elle est jeune.

Il est seul, il est jeune, il est vieux, il est philosophe, il est bête, il est con, il a bu, il bosse pas, il est crevé, il est sous pression, il est pauvre, il est bourge, il est beau, il est moche.

elle est seule, elle est jeune, elle est vieille, elle est philosophe, elle est bête, elle est conne, elle a bu, elle bosse pas, elle est crevée, elle est sous pression, elle est pauvre, elle est bourge, elle est belle, elle est moche.

c’est fou comme les mêmes mots peuvent tout pardonner à l’un, et chercher à restreindre les libertés de l’autre.

état d’urgence

NOTE : c’est un texte en vrac, je n’ai pas suivi un seul point, tout se bouscule. C’est donc une fois de plus le bordel.

C’est pas follement amusant d’avoir raison, que l’état est autoritaire et se passera de notre avis à chaque fois qu’il le souhaitera ou que ça s’avèrera pratique pour lui. Il l’a déjà fait maintes fois, sans état d’urgence pour ça.
Qu’il le fasse sur le dos de cadavres, en instrumentalisant la peine des gens, on y est habitués, c’est un grand classique.

Qu’il le fasse juste avant un gros évènement comme la COP21 après nous avoir rebattu les oreilles à propos de méchants black blocs, on ne s’en étonne que moyennement.
Nan je m’étonne pas vraiment mais si j’ai beau savoir que l’état est capable de ça, je suis quand même choquée, je le pensais moins bête… Ou plus discret ? je sais pas, faut être quand même sacrément sûr de soi ou inconscient pour boucher les soupapes de sécurité quand la cocotte monte en pression. Ainsi on nous interdit de manifester. Ainsi on voit des personnes assignées à résidence sans autre motif que le fichage voire même parfois sans ce fichage, sans qu’on soit capable d’expliquer les raisons des perquisitions.

Ailleurs dans le monde on regarderait ça avec beaucoup d’affliction, pauvres étrangers, allons les évangéliser avec notre belle démocratie. Ici non. c’est bien simple : on ne le remet pas en question ou du bout des lèvres, avec philosophie, dans les hautes sphères. On invite des universitaires à parler de « pouvoir et de responsabilité » et de « dérives » autoritaires, les journaux parlent de débordements de l’état d’urgence. Ou alors on s’inquiète de tout ça, mais très timidement parce qu’on ne réalise pas bien ce qu’il se passe.
Dérives, débordements non pas vraiment.
Mais là en l’occurrence, il y a bel et bien l’état d’urgence qui permet de coffrer à tour de bras sous prétexte sécuritaire (ou simplement sous prétexte que désormais manifester est interdit). L’excuse « ultragauche » ou « black blocs » revient en force, en plus de la « menace terroriste » on la voyait se profiler déjà avant le 13 novembre dans les journaux, spectre entretenu, vocabulaire soigné, qui se confond d’ailleurs au terrorisme dans les termes employés : « mouvance » « armés » « réseau« , etc. (note par ailleurs que les réseaux d’extrême droite ne semble pas exister, même quand il est question pourtant de terrorisme).

Évidemment qu’on viendra pas nous expliquer que les Black Blocs, les anarchistes, les gauchistes (puisque tout ça est désormais suspect et mis dans le même panier) sont de notre côté, évidemment qu’on entretient avec autant de soin le mythe du méchant black bloc terroriste en oubliant à quoi, à qui, à quels bâtiments il s’en prend. Le black bloc s’en prend aux symboles capitalistes, aux troupes d’état et à l’idée qu’on peut obtenir ce qu’on veut « pacifiquement » (là j’ajoute qu’il serait bon de ne pas confondre pacifisme et non violence tout de même).

Le black bloc, les anarchistes, les militantEs qui n’ont pas envie de se taire parce qu’on nous le demande, sont de ton côté,  toi qui te demande ce qu’il se passe et toi qui vient manifester pour la sauvegarde d’un environnement massacré par les états et les patrons, main dans la main.
Essayez de défendre le vote sans le FN et vous verrez que c’est impossible tout comme c’est impossible de justifier la répression sans la peur du terrorisme et sans les anarchistes. Ne tombez pas dans ce panneau.

L’ANARCHISTE S’EN PREND À L’ÉTAT, L’ÉTAT TAPE SUR LES PROLOS.
Le terrorisme tape au hasard,tout comme le fait l’état.
Les anarchistes ont une cible bien précise et cete cible n’est jamais les manifestants à leurs côtés.
De quel côté es-tu quand tu rejettes la faute sur les anarchistes quand un flic te tape sur la gueule ? c’est un anarchiste qui use de sa tonfa, de ses grenades et de ses lacrymos contre toi ? Tu crois vraiment qu’être non-violent te protègera des coups et des suites judiciaires, tu crois que balancer ton voisin anarchiste te fera bien voir des autorités ? La solidarité ça se construit, et ça ne marche pas que dans un sens, tout comme ça ne se commande pas au besoin, il faut l’entretenir précieusement.

Que ce discours clivant des bons manifestant VS les mauvais vienne de l’état, on a l’habitude. Que ça vienne de manifestants aussi tu me diras… mais. mais sauf que aujourd’hui on est simplement arrêtés pour « soupçon » de vouloir manifester. Et que la distinction bons / mauvais manifestants tu peux te la mettre sur l’oreille : quiconque manifeste est hors la loi. Le flic demande pas si t’es pacifiste avant de taper, il tape et point. C’est ça, ce qu’il se passe, tu comprends ? que tu t’assois en réclamant des bisous au CRS ne changera strictement rien, tu sais, on a déjà vu ça tellement de fois la flicaille  défoncer des gens à genoux. Ton pacifisme, ta blancheur de peau et tes idées soce-dem ne te protègent plus, du moins plus autant qu’avant, c’est fini, c’est fini et on ne sait pas pour combien de temps. C’est ça aussi l’arbitraire, c’est que toi, comme moi, nous ne peuvons plus dire clairement ce qui est répréhensible, on ne sait plus dire les conséquences ni même quels geste entrainent des conséquences. Et on se rend compte que les idées finalement sont suspectes elles aussi.

On perquisitionne et assigne à résidence sur des critères on ne peut plus flous, appartenance à une religion, délit de sale gueule, peu importe, tout est fichable. Et on justifie le fichage a posteriori, à force de ratisser large y’a bien une personne fichée qui finit par faire une connerie. CQFD.

Perquisitionner ça veut dire voir 20 robocops entrer chez toi à n’importe quelle heure du jour et de la nuit,  pour fouiller ta vie et là tu dois serrer les fesses pour pas avoir mis une connerie sur facebook sinon gare. La perquis’ c’est trop pratique pour justifier a posteriori la répression : on sait pas pourquoi on vient te fouiller mais on trouvera bien un livre, un statut facebook, n’importe quoi de suspect puisque tout est suspect et qu’on a de comptes à rendre à personne en état d’urgence. On entend souvent « si tu n’as rien à te reprocher, pourquoi refuser la surveillance ? », pensez bien à ça : on ne sait pas ce qui peut être retenu contre les gens perquisitionnés, et on ignore souvent les raisons des perquisitions.
Et être assigné à résidence il ne faut pas non plus perdre de vue ce que ça signifie : ne pas sortir à partir d’une certaine heure en soirée jusqu’au matin, et pointer plusieurs fois par jour au commissariat. C’est à dire que si t’as un boulot, il faudra que ton patron comprenne que tu n’es pas terroriste et accepte de te laisser quitter ton taf plusieurs fois par jour, ça veut dire que tu peux faire une croix sur ta liberté de circulation, avec ce que ça entraine de bouleversements, d’organisation à la va vite, de stigmatisation (« y’a pas de fumée sans feu » on l’entend déjà, et il faut rejeter ça aussi). C’est le risque accru de te retrouver sans travail avec tout ce que ça entraine aussi. C’est la prison chez soi, et sans jugement.

Et il ne faut surtout pas s’indigner uniquement parce que la répression s’étend aux cercles militants, au delà des cibles « habituelles », les perquisitions et assignations à résidence de musulmanEs et/ou raciséEs dans l’indifférence générale ne sont pas des choses normales, il ne faut surtout pas s’habituer à ça. Hurler sur cette arrestation à Barbès aujourd’hui ne doit surtout pas faire oublier le harcèlement dans ce quartier le reste du temps. L’état d’urgence qui s’abat sur tous ne doit surtout pas faire oublier le harcèlement constant des populations les plus fragiles qui sévit « en temps normal ». Je suis tombée sur des textes abjects qui s’étonnaient de l’étendue de la répression aux militants écolos où on pouvait lire ce genre d’horreur. Justifier les perquisitions et les assignations de personnes qui n’ont pas plus à voir avec le terrorisme que vous et moi en creux, on le voit beaucoup, et pire, on ne s’en étonne plus.

il faut déjà dénoncer cet état d’urgence pour ce qu’il est, un abus en soi. J’ai beau être anarchiste et rejeter l’état tout court, je garde en tête qu’il existe quand mêmes des différences entre état et état d’urgence, que la répression si elle existe dans les deux, elle ne n’exerce pas de la même façon, et que dans l’état de droit (lol) il est plus aisé d’organiser une résistance, surtout pour des personnes isolées, non militantes, sans le réseau solidaire auquel on est (trop) habitués qui nous fait perdre de vue que ça n’est pas le cas de tout le monde. il ne faut surtout pas perdre de vue que si dénoncer l’état tout court est toujours d’actualité, dénoncer l’état d’urgence est aussi nécessaire. Ne serait-ce que par solidarité pour les personnes qui le prennent en pleine gueule et qui sont déjà harcelées en permanence. Parce qu’il ne faut pas perdre de vue la solidarité de classe qu’on prône et que les personnes visées sont des prolos. Parce que l’état continue d’avancer dans ses réformes, si il nous impose le deuil lui ne prend aucune pause. Les droits des travailleurs continuent d’être déchiquetés soigneusement et sans contestation possible (l’état d’urgence est aussi un bon prétexte pour interdire tout regroupement sur les lieux de travail). Voir ici et , entre autres.

Encore une chose : désormais manifester est interdit. Appeler les gens à manifester malgré tout c’est leur faire courir un risque, et il est nécessaire (comme il l’était déjà avant mais là en pire) d’informer sur les questions légales. Et plus important encore, il faut se montrer solidaire au delà des cercles strictement militants.
Manifester n’est pas une chose facile quand on est isoléE, sous l’état d’urgence c’est encore pire. Le discours méprisant qu’on a pu lire chez certains plus-radical-que-toi  concernant des personnes qui se sont rendues aux convocations des flics suite à des manifs interdites n’a strictement aucune utilité et est nocif : il faut se montrer solidaire et outiller les gens contre la répression plutôt que leur cracher dessus. Iels ont manifesté malgré l’interdiction, faudrait pas perdre ça de vue, ça n’est pas rien. Laisser entendre qu’on crachera à la gueule des gens qui se rendent aux convos des flics (par trouille, ignorance de ses droits, ou autre) c’est pas l’idée la plus brillante du monde pour donner envie à d’autres personnes de sortir de chez eux.
La solidarité de classe, c’est notre arme.

le jargon(Si vous avez des brochures et documents anti-répression à proposer, les commentaires sont ouverts)

ras le bonbon (encore)

l’écœurement et le découragement, voilà tout ce qu’il me vient. Je mate les textes, les mobilisations, le féminisme n’est qu’un instrument (parmi tant d’autres)  pour nos propres camarades. Des instruments pour taper sur l’ennemi, le coco autoritaire, le faf, le patron, c’est pas grave, la dénonciation du sexisme chez ces raclures est un sport dans lequel nos chers compagnons excellent. Et pour ça évidemment quoi de mieux que d’instrumentaliser des féministes, je vous le demande. Utilisez leur viol, leur tabassage, leurs bleus, leurs coups, pour donner plus de lustre à votre lutte mes petits chéris. N’hésitez pas à utiliser leurs maux pour vous faire reluire, les femmes sont faites pour ça : la baballe dans le match de foot qui vous oppose à X, le tapis de lutte qui sert de support à vos luttes viriles. Nous on encaisse encore et vous vous contrefoutez des conséquences : elles n’existent tout simplement pas à vos yeux. Lire la suite

le prix à payer

Il y a peu, A Contrario publiait cet excellent article : le prix à payer. Lisez le. J’ai choisi le même titre, parce qu’il n’y a pas d’autres façons de le dire. Je choisis l’angle féministe, mais ce texte s’adapte à toute oppression.

Je voulais écrire un truc sur le même sujet mais je ne savais pas par quel bout le prendre, comme à chaque fois, quand on soulève un détail on a tout qui suit, comme si soulever juste un petit coin n’était pas possible : tout est relié, imbriqué. À côté de la tâche qui nous incombe, Hercule est un petit joueur avec ses 12 travaux. Lire la suite

jour de manif

les jours de manif me serrent la gorge. Je peux plus. je comprends pas, vraiment pas, comment les gens ne se disent pas « mais il suffit d’arrêter de bosser, définitivement ». collectivement. la belle masse laborieuse qui jète l’éponge, ha ça serait beau comme du Gébé.

ben non, on est là comme des truffes à se « mobiliser », avec des manifs qui commencent le MATIN, et on se le demande : ça sert à quoi de faire grève si c’est pour se lever tôt réclamer le plein emploi et la protection dans le travail ?

Nom de dieu ! y’en a plein le dos de ces simagrées de drapeaux, de centrales syndicales, de cette pièce qui se joue en permanence. Les dirigeants côté cour, les syndicats côté jardin, et nous comme des cons à payer plein pot pour mater ce très mauvais vaudeville.

HO la CFDT dans le placard du patron ! Ho la CGT qui regrette que les accords passent alors qu’ils ont tout fait pour saboter les grèves ! ho putain de bordel de merde, toujours et encore les mêmes singeries !
Eh merde, foutons le feu au théâtre, et barrons-nous en pique-nique.


L'an 01, Gébé

La ligne du Parti

Ça fait un moment que l’envie d’écrire sur le rapport à la popularité dans les milieux anarchistes (très largement). Un milieu que naïvement je pensais apte à se remettre en question, et que j’ai embrassé à cause de cela et de la critique des rapports de domination. Pour moi c’était tout le nœud des problèmes : le pouvoir et ce qu’il modifie des comportements. Lire la suite

pétitionnons

Chers signataires de cette pétition,

Je suis tombée sur ce texte que vous avez signé, et je suis perplexe, sans doute est-ce par manque de culture libertaire, mais j’avoue ne pas trop comprendre, aussi je vous prie de bien vouloir éclairer ma lanterne afin que je puisse adhérer sans réserve :
commençons par l’intitulé « Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire« , je vois qu’il y a pléthore de lettrés parmi vous, auteurEs, éditeurs, libraires, aussi je pars du principe que vous connaissez le sens des mots que vous employez et que vous approuvez.
j’apprends donc consternée qu’il existe une censure dans nos milieux. J’ignorais totalement que les mouvements vegan ou féministes avaient un quelconque pouvoir dans celui ci, je pense aussi avoir manqué quelques AG, et en tous cas j’ai manqué l’élection et la désignation du comité de censure et d’un gouvernement apte à désigner celui-ci. Merci de me faire parvenir le compte-rendu de tout ceci, je ne voudrais pas être à la masse au point de manquer un évènement aussi exceptionnel dans nos milieux anti-autoritaires. Lire la suite

la reproduction artificielle de la lutte chez nos camarades virils

Quand on lutte contre la Manif Pour Tous et/ou les cathos intégristes, il semble bien naturel de le faire contre leurs idées. Donc d’y avoir réfléchi, de savoir les tenants et les aboutissants d’une telle pensée, d’appréhender les implications de celles-ci quand on parle d’émancipation. Lire la suite